Lumière sur la communauté – Jade
Quand on rencontre Jade, une ligne franche se trace! Celle de la création. Sa quête identitaire et sa force créative sont révélatrices. Pour elle, l’art est un canalisateur qui a toujours fait partie d’elle. Surtout le dessin. Elle aime entre autres créer des personnages.
Durant cette entrevue, Jade raconte qu’elle habite au CJC depuis près de 2 ans. Pour elle, c’est un lieu qui lui permet d’être comme elle le sent.
Quel est ton parcours d’avant ?
En tant que tel, mon passé est instable et tumultueux.
À la fin de mon secondaire, j’ai été en famille d’accueil. Il faut dire que cette expérience en famille d’accueil a été très positive. J’avais beaucoup de liberté et on m’a aidé à voir ce que c’est un milieu stable de famille. C’était stimulant comme environnement.
Ce fut tout de même une période rock and roll qui impliquait plusieurs changements d’environnement. Ce n’était pas l’fun. Peu de temps après, j’ai commencé le cégep. C’était juste avant la pandémie. Il se passait beaucoup de choses en même temps pour moi. J’essayais de suivre le flow, mais honnêtement, après tout ça, je ne savais pas trop où je m’en allais. La pandémie a embarqué avec d’autres facteurs qui ont fait que j’ai choisi d’arrêter l’école pour travailler. Je voulais essayer de prendre un break et trouver ce que je voulais vraiment faire.
Au début de cette pause, j’étais instable. J’ai commencé à travailler avec ardeur. Je faisais mes affaires dans mon coin. C’était un peu stagnant comme période, mais j’ai rencontré de super bonnes personnes. À cette période, je manquais d’estime de moi.
Un jour quelqu’un m’a parlé du CJC. J’ai ainsi commencé à participer à des activités et avant même d’habiter ici, je me suis familiarisée avec des résident·e·s. C’est après plusieurs démarches que j’ai réussi à obtenir un appartement ici.
Avant ça, j’ai fréquenté plusieurs activités :
– La bande dessinée avec le collectif BD (je m’y suis même fait des ami·e·s)
– J’ai adoré les sorties en plein air (ICNA) organisées par Julie Bélec et Sébastien Dubé
– Des cueillettes (framboises, cerises, citrouilles) suivies d’une période de cuisine avec Catherine
Le fait que ces activités soient gratuites, accessibles et comportent un processus complet est très stimulant et motivant. Surtout pour moi qui ai un TDAH. On peut dire que d’une certaine façon, les activités du CJC m’aident à le gérer. Le fait d’être mobilisée à faire des tâches ou des activités du début à la fin, ça renforce le fait que je suis capable de finir ce que j’entreprends.
Au CJC on fait des projets complets. Le Projet BD en est un bon exemple. Au début, je dessinais sans participer au projet collectif. Puis j’ai décidé d’y prendre part. J’ai produit huit pages et j’ai réussi à les publier dans le recueil final. J’étais très fière de moi, car d’habitude, j’ai beaucoup de misère à m’exposer comme artiste en public.
Cette expérience m’a beaucoup aidé et tout le monde m’encourageait. Ce fut un petit baby step vraiment important pour moi. Ça m’a mis en tête que je suis capable de faire une publication. Il faut juste de la discipline, un certain encadrement et parfois, travailler avec du monde.
Cet hiver, j’ai aussi participé, comme artiste, au Marché cré-actif des artisans du CJC. Cette récente expérience a encore été très positive.





Peux-tu résumer ta dernière année à travers les activités que tu as vécu au CJC ?
Dans la dernière année, en parallèle de mes études, je fréquente régulièrement l’atelier Cirque du Monde. Cette activité est compatible avec mon horaire de Cégep et m’aide à décrocher. Le sport et les activités avec le CJC m’aident aussi à forger ma propre identité. Un processus qui se poursuit chaque jour et qui n’était pas activé avant le CJC. Ce processus m’aide à me détacher de ma dépendance à la validation des autres. Je suis donc de plus en plus indépendante.
Le Cirque m’aide à développer ma confiance en moi. Quand il y a des trucs qui me font peur, il y a toujours quelqu’un qui m’accompagne pour démystifier la chose et je finis par faire le chemin. Finalement, je réussis et je me sens super bien!
Cirque du monde m’a aussi permis de socialiser, de me faire des amies et même de partager mes apprentissages en aérien à des participant·e·s qui viennent pour une première fois aux ateliers. J’invite aussi d’autres personnes à découvrir le cirque. C’est un espace super inclusif, j’ai tout de suite trouvé ça accueillant. Je ne me suis pas sentie comme une intruse ou entourée de personnes prétentieuses. Au contraire, tout le monde veut s’amuser ensemble. C’est vraiment cool. Je suis une personne qui fait de l’anxiété de performance et, dans cet espace, je remarque que ça n’a pas d’importance. En fait, on t’encourage à t’améliorer sans mettre de pression.
Ce qui m’aide au cirque se transpose aussi à l’école.
Comment imagines-tu ton avenir proche ou lointain?
Mon but avec mes études est de travailler dans l’industrie du cinéma ou de travailler comme Freelance. J’aime faire du Donjons et Dragons grandeur nature et j’aimerais concevoir des armes de GN. J’aime beaucoup sculpter. En ce moment, j’étudie comme artiste 3D. Ça se combine bien à la production dans ce secteur.
Pour bien faire les choses sans m’épuiser, je planifie compléter ma technique en 4 ans. Je m’oriente autant dans la création de costumes que dans les effets spéciaux traditionnels. J’aimerais commencer à petite échelle et avoir un studio d’effets spéciaux traditionnels. J’aimerais créer une coopérative pour travailler avec plusieurs personnes et faire affaire avec des studios pour des films et faire des ventes au détail. Le travail collaboratif m’anime fortement!
Plus tard, j’aimerais donner des cours pour travailler les matériaux, faire des effets spéciaux et de la sculpture. J’aimerais donner accès à ce genre de cours parce que je trouve que ce n’est pas assez accessible.
Dans mon futur idéal, sur le plan personnel, je souhaite continuer à renforcer ma propre identité. Apprendre à être moins dure sur moi-même. Continuer à faire du sport et du cirque. Être plus assidue avec mes projets et développer de meilleurs outils pour gérer mon TDAH. Je serais vraiment heureuse de développer ça. Après mes études, je vais me sentir plus accomplie. Avoir un diplôme, c’est important pour moi. Je veux montrer à ma petite sœur qu’il est possible de travailler dans un domaine qu’on aime. J’ai envie d’être un exemple pour elle. Cette vision me motive énormément!
Comment décrirais-tu le CJC à quelqu’un qui pourrait en avoir besoin ?
Le CJC est un endroit hyper inclusif, peu importe qui tu es, ta situation, ton identité, c’est un endroit super safe pour t’exprimer. Si tu es de nature moins sociable, le CJC t’aidera à faire une partie de ce travail-là. Ce qui peut être vraiment nice. Si tu es jeune et que tu commences ta vie en appartement, le CJC est un bon endroit pour commencer à vivre de soi-même. Il y a toujours du monde pas loin pour t’aider et c’est un bon accompagnement à la vie adulte. Ça aide aussi à développer le sens de la communauté, car il y a un bon voisinage. En plus, l’équipe des salarié·e·s est pleine de ressources. Enfin, il y a une grande variété d’activités proposées au CJC : poésie, création de BD, cirque, danse, etc. Tu y as accès et tu peux y développer de nouveaux hobbies, si ce n’est pas déjà le cas dans ta vie.