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Nouvelles

Lumière sur la communauté – Olivier

C’est lors d’une AGA en mars dernier qu’Olivier a nommé son intérêt pour partager son histoire. Ce matin, il est là pour partager son expérience de vie. Au CJC, on peut dire qu’Olivier est un introverti dans un environnement collectif. Et chapeau à lui, car il réussit à prendre sa place progressivement en choisissant des expériences qui l’intéressent et dans lesquelles il ose prendre certains risques. Comme, par exemple, participer à cette entrevue.

Ici, Olivier apprend à mieux se connaître et il sait que le CJC fait partie de ses allié·e·s.

Peux-tu faire un résumé de ton parcours et dire comment as-tu découvert le CJC?

D’une certaine façon, mon histoire commence à mes 12 ans. Parce qu’avant cet âge,  j’ai moins de souvenirs négatifs ou extrêmes. J’ai l’impression que ce qui m’a suivi a commencé à partir de mes 12 ans, lorsque mon père a fait sa première psychose (il en a fait plusieurs après). Cette fois-là, il nous a réveillés dans la nuit. 

Soudain, j’ai voulu agir en adulte. Je voulais être là pour ma mère et mon petit frère. Je me suis mis à tasser mes émotions. J’ai arrêté de dire comment je me sentais. J’étais déjà introverti, mais là, je me suis davantage isolé. J’ai tassé mes désirs, etc. Suite à ce premier épisode, je me souviens avoir ressenti un éloignement avec ma mère. C’était difficile pour elle.Travailler, c’était tout ce qu’elle pouvait faire. Elle ne pouvait pas vraiment s’occuper de mon frère et moi. Mentalement c’était difficile. Je me suis aussi éloigné de mon frère.

En fin de compte, tout ça est mal ressorti. Sans entrer dans les détails, ça a créé des problèmes pour moi et je vis avec beaucoup de culpabilité, encore aujourd’hui. On dirait que j’essayais de me prouver que ce n’était pas un problème sauf qu’avec le parcours que j’ai fait depuis, je vois bien que tout ça est lié.

C’est tought pour moi de parler avec ma famille parce qu’il y a une certaine fermeture. Je parle souvent de mes douleurs qui viendraient peut-être de mes émotions refoulées et qui ont commencé l’année de mes 15 ans.

Cette année-là, j’ai commencé à m’entraîner. Six mois plus tard, j’ai commencé à avoir des douleurs chroniques. À 16 ans, j’ai fait une grosse commotion liée à ma consommation : j’étais en état d’ébriété.

À partir de là, même si j’ai réussi à faire mon secondaire et mon cégep, tout a fini par débouler et je me suis retrouvé en prison à 22 ans. J’avais des torts, j’ai eu ma punition et je vois mes problèmes.

Ainsi, de 18 à 25 ans, j’ai déménagé aux six mois environ. Parfois chez mon frère. Parfois chez mon père. J’ai aussi vécu chez d’anciens amis avec qui ça ne fittait pas vraiment, ça n’a pas marché, évidemment. Je suis parti chez un autre ami chez qui il y avait de la place. Ça n’a pas marché non plus. Ensuite, je suis allé dans une maison avec dix colocataires… Pis là, c’était le bordel, haha! Mon frère m’a beaucoup aidé et il s’est protégé en même temps. C’est justement lui qui m’a parlé du Centre Jacques-Cartier.

Je suis venu vivre au CJC à 25 ans, après avoir arrêté de consommer. Maintenant, je suis plutôt sur une médication d’antidépresseurs.


Depuis combien de temps es-tu au CJC?  Peux-tu nommer tes implications et les activités auxquelles tu participes?

Ça va faire bientôt 3 ans que j’habite au CJC. L’intégration au CJC n’est pas toujours facile (mes allergies, ma personnalité introvertie, mes douleurs chroniques). J’aimerais en faire plus et avoir plus d’entrain, mais je n’en ai juste pas. Il y a tout de même des personnes ici avec qui j’ai des affinités, des personnes qui me comprennent et en qui j’ai confiance. Je me protège beaucoup, j’ai peur du jugement et j’ai peur de déranger alors j’ai tendance à me refermer. Au CJC, mieux qu’ailleurs, j’arrive à me sentir bien dans de petits groupes où je me sens Safe. Pour moi, juste prendre le bus c’est dur depuis toujours. Je me pose encore des questions par rapport à mon intégration en général.

Bref, pour moi, ce n’est pas facile l’intégration au CJC, je suis vite sur la rancune et même si je ne suis pas visé directement, j’ai tendance à me sentir viser directement. Il faut que je laisse aller, je le sais, mais ça reste dans ma tête.

Qu’est-ce que tu aimes au centre : valeurs, activité, ambiance…

Le projet BD, je l’ai fait 2 fois! J’ai aussi fait de la musicothérapie 2 fois! C’était vraiment nice. Ces groupes de création artistique rendent le monde à l’aise. C’est vraiment une question de confiance.

Du côté de la vie associative, je suis  membre de l’intercomité depuis au moins 1 an. Parmi les sorties avec le volet résidentiel, j’ai organisé l’activité avec Éducazoo et j’ai aimé faire l’activité de  parcours Arbre en arbre dans le cadre de Rencontre avec sa nature. Ça m’a motivé à reprendre l’entraînement et à perdre du poids. J’ai maintenant un entraînement que j’adapte à mes douleurs.

Au CJC, je fais l’entretien ménager, je peux le faire selon un horaire souple, j’ai de la liberté et on me fait confiance. Après ça, moi je peux me faire confiance. Pour moi, faire partie de la communauté CJC, ça part moins des Soupers comm. On dirait qu’en prenant de la compétence seul, je me prouve que je suis capable et je montre que j’arrive à faire des petites choses, en arrière-plan. Ces petites choses me permettront après de dire : regardez, je me fais confiance pour une raison. En entretenant le lieu, je sens que je fais un peu plus partie de la communauté. 

Dans un CJC idéal, j’aimerais bien avoir accès à une salle pour pouvoir me défouler en privé, comme pour jouer de la batterie par exemple.

Ton projet de vie prend quelle forme aujourd’hui?

Être plus autonome, retourner aux études, être capable de travailler, me trouver une place à moi pour m’installer longtemps.

Une chose qui est l’fun au CJC, c’est qu’il y a un roulement. Mais en même temps, ça me restreint de savoir que je vais devoir partir. Je suis conscient que je ne trouverai pas nécessairement un seul appartement pour toute ma vie, mais je sais que j’ai besoin d’un peu de stabilité.

Aussi j’aimerais trouver des façons de me défouler et d’être mieux avec mes émotions sans la consommation ou sans trucs nocifs. J’aimerais trouver une façon de jouer de la musique et de m’entraîner. Depuis mes 15 ans, je sais que ces choses-là me font du bien. J’ai essayé d’autres choses comme la broderie et la lecture, mais je sais qu’il faut que je bouge pour me sentir mieux, et ce, malgré mes douleurs chroniques. 

Comment s’expriment tes douleurs chroniques?


C’est dur à expliquer. Ça a commencé dans mon bras gauche, ensuite l’épaule et ça s’est répandu. Ça reste que c’est souvent du côté gauche. J’ignore si c’est lié à ma commotion ou si c’est lié à des antécédents génétiques. Je ne pense pas que c’est musculaire, c’est plutôt articulaire, j’ai l’impression que les nerfs et les tendons enflent et coincent. J’ai des sensations de choc électrique et de brûlure. J’ai l’impression que je suis zéro stable ou que si je ne suis pas en constante tension, mon corps va casser.  Je soupçonne que c’est le syndrome d’Ehlers-Danlos. D’ailleurs, je m’informe auprès du Regroupement des maladies orphelines du Québec qui va bientôt sortir un documentaire à ce sujet.

C’est dur d’avoir un suivi médical dans ma situation, car c’est plus ou moins pris au sérieux. Je doute de moi-même. J’attends. C’est tought d’avoir confiance en moi avec un corps qui me trahit. J’aimerais juste comprendre comment je fonctionne.

Cela dit, la bande-annonce du documentaire sur le syndrome d’Ehlers-Danlos m’a profondément touché, j’ai pleuré. J’aimerais bien partager ce documentaire en organisant une soirée projection au CJC afin d’échanger sur le sujet. Ce serait une façon d’être vu par la communauté sans être moi-même sur la scène. 

Comment décrirais-tu ta relation globale avec la communauté du CJC (participant·e·s et l’équipe des salarié·e·s)?

C’est relax, mais quand même un peu trop distant à mon goût. Je sais que c’est de ma faute. J’aimerais me sentir proche de plus de personnes, pas tout le monde, ce n’est pas nécessaire. Je ne me sens pas pressé, même si on me pousse vers là. Je pense que c’est bien de prendre mon temps.

Quand je parle de distance, c’est parce que je pense que j’ai de la misère à être bien avec moi-même, alors c’est compliqué de rendre les gens à l’aise quand je ne le suis pas avec moi-même.

C’est difficile pour moi de laisser les choses aller parce que j’analyse tout. C’est pour ça que je consomme dans l’fond, car le laisser aller est plus facile en consommant.

Je ne me connais pas et j’aimerai mieux me connaître. C’est ça qui me rend frustré et j’ai de la misère. J’ai l’impression que je ne veux pas être moi-même.


Si tu pouvais te projeter dans un avenir proche ou lointain, que souhaites-tu idéalement? 

J’aimerais jouer de la batterie. J’aimerais avoir ma petite maison, ma blonde et ma petite vie tranquille. J’aimerais être en paix et que mes choses soient en ordre. J’aimerais trouver la paix intérieure dans l’fond. 


Peux-tu résumer le CJC dans tes mots ? Comment le présentes-tu? 

C’est un espace multidisciplinaire. C’est comme un cirque, mélangé avec un théâtre, mélangé avec un cinéma, mélangé avec une place pour faire des party pyjama, mélangé avec une salle de conférence, mélangé avec des apparts!

Pour moi le CJC, c’est d’avoir une place pour ralentir, aller à mon rythme, prendre un pas de recul et revenir comme j’ai envie.

J’ai envie de reprendre des mots qu’on m’a dits. C’est une place pour se déposer. Ça me parle vraiment. Je pense que c’est Maëva qui m’a dit de : prendre le temps d’atterrir.

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